Dimanche 16 octobre, la Manif pour Tous sort de la naphtaline

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« La Manif pour Tous prépare son retour » titrait la presse il y a quelques semaines.
En effet, presque 3 ans après leur mouvement de masse contre la loi Taubira, permettant l’accès à toutes et à tous au mariage, le 16 octobre 2016,la Manif pour Tous et leurs complices seront dans la rue pour dénoncer les « offensives contre la famille ».

Pour eux une succession « d’actes concrets » visent à remettre en question la stabilité familiale : loi du 17 mai 2013 qui, tout en ouvrant le mariage aux lesbiennes et aux gays, leur permet l’adoption et laisse supposer une future possibilité de voir légaliser l’accès à la PMA et GPA aux couples de même sexe.
« Stop ça suffit » scanderont-ils/elles en battant le pavé parisien. Sur écrans géants et sonorisation appropriée, ils/elles se lèveront pour mettre un « terme à la casse sociétale » qui porte atteinte aux valeurs familiales. Ils/elles dénonceront la « PMA sans père » à la suite des déclarations faites en faveur de son élargissement aux couples de femmes et aux femmes seules par des membres du Gouvernement , notamment par la Ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes , en juin à la veille des marches des Fiertés LGBT.
On peut se demander si les adhérents et les soutiens de la Manif pour Tous vivent hors du temps. Pour eux la famille, c’est la trinité homme, femme, enfant. Mais les modèles familiaux ont évolué ou se sont davantage affirmés. Par exemple : en 2011, sur l’ensemble des familles, 21,6 % étaient monoparentales, composées en grande majorité d’une mère et enfant (85% environ). Pour les familles de même sexe, une enquête INSEE de 2012 nous dit que sur l’ensemble des couples homosexuels qui vivent avec au moins un enfant 80% sont des couples de femmes. Ces réalités doivent être prises en compte dans la société.
Pour La Manif pour Tous la famille est un cocon, un havre de paix, un lieu de sécurité dans lequel Papa, Maman, bébé, les petits frères et les petites sœurs s’épanouissent en toute quiétude. Cela est possible bien sûr, et souvent vrai mais la famille c’est aussi la dure réalité des violence conjugales que vivent certaines femmes.
223 000 femmes ,chaque année, en sont victimes. 118 en 2014 ont été tuées par leur conjoint ou ex conjoint. 35 enfants ont été tués eux aussi dans le cadre de violences au sein du couple. Jamais on entend la Manif pour Tous dénoncer ces crimes, eux/elles qui mettent en avant les « droits des enfants ».

A l’instar de la majorité des féministes, la Manif pour Tous dénonce le scandale de la GPA ou technique des mères porteuses.
Mais il ne faut pas se laisser leurrer. Pour ce faire, ils/elles ont su détourner habillement les arguments progressistes des associations féministes et de droits humains qui, pour certaines, dénoncent l’exploitation des mères porteuses depuis plus d’une décennie.La Manif pour Tous revendique l’abolition universelle de la maternité de substitution dans une optique bien différente de celle de la majorité des féministes. Pour ces féministes, il s’agit de préserver les droits et l’image de chacune en refusant la marchandisation, l’instrumentalisation du corps des femmes, en s’opposant à la domination masculine qui, pour transmettre son capital génétique, n’hésite pas à exploiter le corps d’autrui. La Manif pour Tous, elle, se bat pour restaurer la famille traditionnelle, la remettre au cœur de la société replaçant les femmes, de préférence en couple hétérosexuel marié, dans un rôle assigné par le patriarcat, à savoir procréatrice, mère au foyer, garante du bien être du cercle familial traditionnel.
Concernant la GPA et la PMA, la Manif pour Tous, sème la confusion. Elle reconnaît, l’accès à la PMA mais avec une vue conservatrice, la réservant aux couples femme-/homme qui justifient d’une vie commune de deux ans ; toutefois doit être banni le don de sperme anonyme. Mais , pour aller plus loin sur un fond de lesbophobie, elle assimile PMA, concernant les couples de femmes, et GPA , les mettant au même niveau créant une assimilation qui permet de mieux combattre les deux techniques en même temps.
L’accès à la PMA pour les couples de même sexe et les femmes seules et l’accès à la GPA pour tous et toutes ne sont pas un seul et même combat disent la majorité des féministes. Le recours à la PMA est un droit qui existe pour certaines femmes et qui devrait, au nom de l’égalité, être accessible à toutes femmes quelle soit leur orientation sexuelle.
La pratique de la GPA est à combattre furieusement non pas au nom de la famille traditionnelle mais pour préserver les droits des femmes et leur dignité.

Pour s’assurer de ces faits dénoncés par la majorité des féministes, il suffit de feuilleter le rapport de 63 pages intitulé « Politique de la famille et intérêts de l’enfant » qui contient 40 propositions « concrètes » s’appuyant sur les principes du « Grenelle de la famille », organisé par la Manif pour Tous en 2013-2014 . Un véritable retour en arrière. Outre la remise en question de la loi Taubira en inscrivant dans la constitution « que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme... » ou de ne permettre l’adoption, qu’aux couples hétéros mariès, on lit dans ce document, entre autres préconisations, qu’il faudrait « favoriser la possibilité du temps partiel » en supprimant le minima des 24 heures obligatoires pour permettre aux parents d’ avoir le temps de se consacrer à l’éducation des enfants.
Mais pas de leurre : nous savons très bien que ce sont les femmes qui s’occupent en majorité de l’éducation des enfants et que 80% des postes à temps partiel sont occupés par des femmes. Aussi, cette revendication est une sorte d’incitation à faire rentrer les femmes à la maison.
Enfin, dernier exemple, le rapport dénonce « l’instrumentalisation idéologique de l’école au prétexte de l’égalité homme-femme » autrement dit retour sur la fausse « théorie du genre » et les ABCD de l’égalité. Ils/elles pensent à ce propos que la bonne mesure serait de « réaffirmer et renforcer la neutralité idéologique du service public de l’Éducation ».

2017, les présidentielles arrivent. La Manif pour tous est devenue depuis 2015 loi 1901 groupement politique estimant que ses actions s’inscrivent dans le champ politique. Toutefois, elle ne présentera pas de candidats et ne donnera pas de consignes de vote pour les primaires de la Droite et du Centre y compris en faveur de François Fillon soutenue par « Sens commun ». Il en sera de même pour le 1er tour des élections déclare Ludivine de la Rochère déçue de voir que peu de politiques se prononcent encore , à l’aube des élections présidentielles, pour l’abrogation de la loi Taubira (sauf bien entendu, Marine Le Pen qui l’a inscrite dans son programme) .
Toutefois, la vigilance s’impose : la nouvelle démonstration que fera la Manif pour Tous ce 16 octobre 2016 sera peut-être l’une de ses actions pour peser sur les urnes les mois prochains.