Extrêmes droites, droites extrêmes et LBGTphobie

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En cet automne 2018, médias et réseaux sociaux relaient les témoignages de victimes d’agressions homophobes et lesbophobes. Peut-on affirmer avec certitude qu’on assiste à une recrudescence de ces violences ? Et quel lien peut-il y avoir avec les débats autour de l’accès à la PMA (procréation médicalement assistée) pour toutes les femmes ?

La vérité des chiffres ?
Si l’on s’en tient aux agressions constatées dans la capitale, les chiffres de la préfecture de police semblent indiquer une baisse de 37 % par rapport à 2017 (sur les neuf premiers mois). Mais cette réalité est difficile à évaluer : les victimes ne portent pas forcément plainte, certaines n’osent pas aller dans un commissariat, d’autres souhaitent continuer à cacher leur orientation sexuelle ; et quand elles le font, la caractérisation homophobe ou lesbophobe n’est pas toujours retenue. Selon SOS homophobie, qui s’appuie sur l’enquête annuelle « Cadre de vie et sécurité » de l’Insee, « seulement 4 % des victimes d’insultes LGBTphobes déposent effectivement plainte » et 8 % pour les agressions.
Les associations, qui accompagnent les personnes LGBT, dénoncent une augmentation de passages à l’acte violents, dans un contexte où l’hostilité aux homosexuel-les s’exprime de manière décomplexée… Elles alertent sur le sentiment d’insécurité qui pousse à des stratégies de dissimulation dans l’espace public des couples gays et lesbiens. SOS homophobie fait état d’une progression de 37 % des appels pour septembre, et de 15 % des signalements, qui ne cessent d’augmenter. Notons enfin que plus de la moitié des homosexuel-les disent avoir subi une agression une fois dans leur vie.

Une infériorisation permanente des gays et lesbiennes
Dimanche 21 octobre, ces associations avaient appelé à un rassemblement à Paris contre les violences LGBTphobes. A cette occasion, différents médias ont collecté des expressions de manifestant-es : « On a le sentiment qu’il y a une recrudescence de ces actes, et c’est important dans ce contexte de se mobiliser » ; « On en a ras-le-bol d’être considérés comme des citoyens de seconde zone et on est venus dire aujourd’hui qu’on ne se taira plus » ; « On vit toujours dans la crainte du regard de l’autre, de la stigmatisation ». Mise en évidence de l’infériorisation et de l’oppression vécues au quotidien par les personnes LGBT, mais aussi interpellation des politiques : « Quand les pouvoirs publics ne condamnent pas à l’unanimité ces agressions, ils s’en rendent complices, voire coupables ».

Profils d’agresseurs
Un article de l’Express a posé la question de savoir « Qui sont les casseurs de pédés ? » et dresse le profils d’agresseurs qui sont des hommes, jeunes, agissant en groupes.
« La construction de l’identité masculine de ces garçons se fonde sur le rejet du féminin, décrypte Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste. Dans ces agressions, ce qui est attaqué est la féminité des garçons qui dérogent à leur destin masculin et viril, ou la trop grande assurance des filles qui refusent de se montrer soumises. Cela renvoie les agresseurs à la construction problématique de leur propre masculinité. »
Mais le psychisme de ces jeunes hommes n’explique pas tout (et n’excuse rien) ! Certains courants idéologiques véhiculent des discours intolérants : religieux intégristes, catholiques ou musulmans, et militants d’extrême droite en particulier. « Des groupes identitaires persistent à croire que les homosexuels portent atteinte à la nation ou aux valeurs religieuses », analyse Daniel Borrillo. Et la propagation de ces discours, repris abondamment sur les réseaux sociaux, confortent les agresseurs dans leur sentiment d’impunité. Nicolas Le Coz, responsable de police judiciaire, décrit des « individus qui ressentent une excitation à exercer une sorte de police des mœurs, d’ailleurs de façon assez lâche : coups par surprise, dans le dos, ciblage de femmes ou guets-apens ».
Serge Hefez ajoute « Dans les lieux où la question de l’égalité entre filles et garçons est apaisée, il y a davantage d’acceptation des différences ».

Débats et pseudo-débats autour de la PMA
Les associations LGBT font bien évidemment le lien entre ces manifestations de LGBTphobies et les remous autour de l’accès à la PMA (procréation médicalement assistée) pour toutes les femmes. Le fait que les débats s’éternisent, que les décisions aient été reportées plusieurs fois par les politiques, contribue à cristalliser les tensions. Les opposant-es à la PMA pour toutes en profitent pour occuper l’espace médiatique, et distiller leur message excluant et stigmatisant. Certain-es journalistes leur emboitent le pas, reprenant par exemple l’expression « PMA sans père » sans aucune distance critique ! Ou organisent des plateaux télé en oubliant d’inviter les principales concernées, lesbiennes et femmes célibataires ! Mais en donnant largement la parole aux anti-égalité et à leur vision étriquée de la parentalité… Et que dire des propos de Laurent Wauquiez, qui a parlé de la PMA comme d’un « engrenage vers l’eugénisme nazi » ??! Toutes ces expressions alimentent les LGBTphobies, rien d’étonnant à ce que cela se traduise en actes, insultes et agressions.
Déjà en 2012-2013, au moment des mobilisations de la mal nommée « Manif pour tous » contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, on avait constaté une augmentation des actes LGBTphobes, de 78 % selon SOS homophobie ! Le président de l’association ajoute : « On ne veut pas revivre la vague de haine de la Manif pour tous. » A l’opposé, il préconise des campagnes d’opinion afin de « montrer qu’être un bon parent est indépendant de l’orientation ou du genre ».

Sources
 
https://www.lemonde.fr/societe/arti...

https://www.lexpress.fr/actualite/s...

https://www.20minutes.fr/faits_dive...

https://www.francetvinfo.fr/societe...

https://www.huffingtonpost.fr/2018/...