Promouvoir, une association au service de l’ordre moral

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L’association Promouvoir, d’obédience catholique traditionaliste, s’est créée en 1996 à Carpentras. Son principal fondateur et président jusqu’en 2004 mais encore membre très actif notamment en tant qu’avocat, est André Bonnet. Celui ci a navigué entre Philippe de Villiers ( Mouvement pour la France), le Front National de Jean Marie Le Pen à partir de 1997 pour finir avec Bruno Mégret avec lequel il finit par se brouiller quand il a voulu s’attaquer à Michel Houellebecq que Mégret apprécie . Il faisait tout de même partie de la liste du MNR aux municipales d’Avignon en 2001. Il prétend s’être à l’heure actuelle éloigné de l’extrême droite mais il a participé à la Manif pour Tous .

Cette association, qui revendique 450 adhérents, s’est fait une spécialité de s’attaquer aux visas d’exploitation de films qu’elle juge contraires à la dignité de la personne humaine . Elle a dans ses statuts "la promotion des valeurs judéo chrétiennes dans tous les domaines de la vie sociale". Elle prétend avoir pour dessein la protection des mineurs. 
Quand on regarde la liste des films auxquels Promouvoir s’est attaquée, on voit rapidement que c’est la représentation de la sexualité à l’écran, hétéro ou homo, à deux ou plus qu’elle vise à censurer. U nom de la défense de l’ordre moral, elle attaque la liberté de création.
Elle condamne certains films qu’elle juge d’une violence extrême mais n’a jamais rien entrepris contre des films de guerre.

Hélas, l’association est efficace et a à son actif un beau tableau de chasse : Baise-moi (2000, 1ère annulation de visa d’exploitation depuis 28 ans, création de l’interdiction aux moins de 18 ans à la suite de cette affaire), Ken Park (2004), Nymphomaniac Vol. 1 et volume 2 (2014), Saw 3D, La Vie d’Adèle, Love (2015) et Antichrist en 2016. D’autres films sont dans le pointeur tels les Huit Salopards de Quentin Tarantino et Bang Gang (Une histoire d’amour moderne) d’Eva Husson.

En ce qui concerne la Vie d’Adèle qui a obtenu la Palme d’Or à Cannes en 2013, l’association réclamait l’interdiction aux mineurs de moins de 18 ans et la suspension du visa d’exploitation. Tout cela en raison de « scènes de sexe présentées de façon réaliste, en gros plan » et « de nature à heurter la sensibilité du jeune public ».

Le 28 septembre, le Conseil d’État à rendu son avis :
« […] si les scènes de sexe en cause, bien que simulées, présentent un caractère de réalisme indéniable, elles sont, d’une part, exemptes de toute violence, et, d’autre part, filmées sans intention dégradante ; […] ces scènes s’insèrent de façon cohérente dans la trame narrative globale de l’œuvre, d’une durée totale de près de trois heures, dont l’ambition est de dépeindre le caractère passionné d’une relation amoureuse entre deux jeunes femmes ». 

Point, mais malheureusement pas final. L’affaire se poursuivra à la Cour Administrative d’Appel de Paris. Promouvoir est un ennemi de la liberté de création.