Marine Le Pen entre en campagne : du vide dans la coquille habituelle

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Ce week-end du 4 et 5 février marquait le véritable début de la campagne pour les présidentielles et les législatives d’avril et mai prochain. Comme Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, c’est la ville de Lyon qui avait été choisie par Marine Le Pen pour son grand meeting.

La journée de samedi a été marquée par la sortie du programme frontiste : 144 propositions en rang d’oignon, sans aucune explication. Premier couac médiatique, ces 24 pages (vingt si on enlève les pages blanches) ne comportent aucun chiffrage : c’est réglé dans la soirée avec un document mis sur le site de campagne.

Mais ce que veut Marine Le Pen pour ces prochaines semaines, c’est réussir à changer cette image d’extrême-droite qui lui colle à la peau : Marine a enlevé son nom, Le Pen, qui rappelle trop son père, on ne trouvera nulle part la la marque Front National, elle aussi trop sulfureuse. « Les valeurs chrétiennes, les gens s’en foutent : ils veulent manger à la fin du mois et vivre en sécurité. La conquête des esprits, c’est fait. Au niveau local, il reste pas mal de chèvres, mais le maillage commence à se mettre en place. Là où on pèche, c’est dans la conquête des cœurs. Nos thématiques sont partout, mais on garde une sale image. » dit un élu local frontiste à Libération.

Un week-end dédié à la communication donc. Pour cela, à côté du programme est distribué un fascicule comportant plein d’images de la cheffe. Un tract est distribué avec une image tirée de l’émission de Karine Le Marchand, où la présidente décontractée du Front trinque avec la journaliste. De même, le clip de campagne, plus proche de la bande-annonce hollywoodienne que du clip politique avec ses références obligées, montre Marine à la plage, Marine à la campagne, Marine pensive, Marine qui fait du bateau, Marine avec ses photos de famille (mais pas de son père)… Marine toujours toute seule mais une Marine féminine, une femme comme tout le monde.

Pourtant, écoutant le discours prononcé dimanche, pas grand-chose ne change sur la trame idéologique. Le début fait écho au théoricien du IIIe Reich Carl Schmitt : faire de la politique, c’est lutter contre le pluralisme et désigner l’ennemi qui dissout l’unité du peuple. A partir de là, il y a des ennemis intérieurs et des ennemis extérieurs. Marine Le Pen file donc les métaphores entre deux totalitarismes mondialistes : l’Union Européenne – totalitarisme financier – et le djihadisme – totalitarisme violent. Par leur transgression des frontières et leur immigrationnisme, les deux « se font la courte échelle », nous dit-elle. Les ennemis intérieurs sont donc les bobos, les élites… (rassemblés derrière l’étiquette de « mondialiste », c’est-à-dire tout le monde sauf la partie du peuple qui est d’accord le programme du parti) et les ennemis extérieurs sont donc les immigrés (forcément des hommes musulmans radicalisés) et les technocrates bruxellois. La fin du discours se terminera avec la déchéance de nationalité.

« La soumission de la femme, interdite de jupe, de travail ou de bistro. Cela, aucun français, aucun républicain, aucune femme attachée à sa dignité et à sa liberté, ne peut l’accepter. ». L’une des rares références aux femmes associe, comme dans son programme, droits des femmes à lutte contre l’islamisme. La République, elle, est issue du christianisme, de sa sécularisation. Manifestement, pas de contradiction à vouloir inscrire la « défense de notre identité de peuple » dans la constitution et interdire tous les signes ostensibles de religion, y compris chrétiens !

Aucune proposition pendant le premier tiers du discours, très peu par la suite, Marine Le Pen lit son discours, qui tourne en rond, se fait applaudir avec des phrases toutes faites comme « il n’y a rien de plus utile pour nous au monde que la France ! ». Le but était surtout de faire plaisir à tout le monde sans s’aliéner personne, en particulier pour aller chercher les déçu-e-s de Fillon. Elle cite toutefois le général de Gaulle, ce qui ne plaira pas aux sympathisant-e-s frontistes. Les femmes, chez les Le Pen, sont toujours et encore réduites à leur rôle de mère, comme le veut la tradition frontiste à laquelle il est si difficile de se soustraire : « Nos prestations sociales, parce qu’elles sont distribuées à ceux qui viennent du monde entier, sont en passe de ruiner nos systèmes sociaux, au détriment de nos compatriotes en difficulté, et particulièrement des femmes, déjà victimes directement de la loi El-Khomri, qu’il faudra supprimer. Des femmes, souvent piliers de familles monoparentales ; et à ce titre fragilisées à l’extrême par la dilution de fait de la solidarité nationale. ». Chassez le naturel…

Elle ne dira évidemment pas pourquoi il faut supprimer la « Loi Travail » : est-elle trop libérale pour les ouvrier-e-s ou pas assez pour les patrons de PME/TPE ? Elle espère surtout être celle qui rassemblera les « patriotes de droite et de gauche » (surtout de droite), contre les « mondialistes », surtout si ni elle ni Fillon ne gagnent les élections présidentielles. Pour cela, il fallait un discours lisse et policé, qui se contente de désigner des boucs émissaires, ce qu’elle a su très bien faire.