Avortement : Chamboule tout au Front National ?

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Lundi 5 décembre Marion Maréchal Le Pen donne une interview à Présent, quotidien des catholiques traditionalistes, dans lequel elle déclare, entre autres :

"Il faudra revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’avortement car les femmes sont des êtres responsables qui doivent être traitées comme tels. Il faudra mettre en place l’adoption prénatale et restaurer le délai de réflexion pour éviter les décisions précipitées dans un moment de panique pour acter que l’avortement n’est et ne sera jamais un acte anodin."

En disant cela, elle est tout à fait dans la ligne du programme de 2012 du FN : Le FN prône le déremboursement des actes d’avortement sous prétexte que les femmes le choisiraient comme moyen de contraception banal. Les propos de Marion Maréchal-Le Pen sur l’adoption prénatale peuvent aussi être retrouvés dans ce programme. Le délai de réflexion existait encore à cette époque et n’est donc pas abordé.

Et pourtant Marine le Pen lui adresse un sérieux et très rapide recadrage public :

« Il n’y aura aucune modification, ni du périmètre, ni de l’accès, ni du remboursement de l’IVG » déclare-t-elle au Monde le jour même. Et, questionnée sur son revirement d’opinion, elle rétorque : "J’ai vu que ça suscitait des questions".
Tout simplement. On ne s’y attendait pas, reconnaissons le !

Avouons notre scepticisme : pour une personne qui, en 2008, sur les ondes de Radio Courtoisie déclarait : « Il faut convaincre les femmes de notre peuple de l’absolue nécessité d’assumer leur fonction de reproduction", le revirement est rude.

D’où notre interrogation et plusieurs hypothèses :

La première est celle du partage des rôles entre les deux femmes pour ratisser large. L’une joue la "moderniste" et l’autre la "traditionaliste" et comme ça toutes les tendances du FN y retrouvent leurs petits.

La seconde est celle d’une véritable lutte au sein du FN entre ces "modernistes" et ces "traditionalistes", ces derniers étant sans doute minoritaires actuellement puisque que le FN a du beaucoup recruter dernièrement autour des positions de Marine Le Pen.

La troisième tient à l’irruption de François Fillon en tant que candidat de la droite. Celui-ci pose un sérieux problème au FN compte tenu d’un électorat potentiel commun, notamment dans le sud de la France, et de la peur du "siphonnage des voix", comme Sarkozy l’a fait en 2007. François Fillon a entretenu sciemment un flou artistique concernant sa position sur l’avortement (je suis contre personnellement mais je ne vais pas abroger la loi mais quand même...)

Marine Le Pen, qui sait très bien que 75% des Francais-e-s sont pour l’avortement (sondage Ifop de 2014), saute sur l’occasion pour se montrer la meilleure défenseure des droits des femmes. Nous savons pourquoi : l’électorat féminin, qui vote moins FN que le masculin, est un enjeu crucial pour 2017.

En fait, tant que l’espoir d’un gain électoral pour tous existe, le parti arrive à montrer une façade commune derrière la cheffe. Cette dédiabolisation et ce "recentrage" de façade de Marine Le Pen, en particulier sur les questions liées aux femmes, permet d’élargir donc la base électorale contre l’aile traditionaliste du parti. On voit cependant le revers de la médaille avec les tensions extrêmes en interne que cela produit, notamment venant de ceux qui suivent Marion Maréchal-Le Pen.

Alors ? Alors, on a du mal à y croire. La démagogie a des limites. Les proclamations tonitruantes nous laissent de marbre surtout surtout quand elles sont au service d’une stratégie électoraliste. D’autant qu’ au Parlement européen, la députée Marine le Pen vote régulièrement les amendements proposés par les députés et lobbys anti-avortement.

L’avortement est un droit que les femmes ont conquis après des années de luttes. C’est à elles de choisir librement en dehors de tout contrôle social. Nous saurons défendre ce droit si nécessaire.