Quand la femme de Saint Cloud s’adresse aux femmes de banlieue...

, popularité : 9%

Les collectifs thématiques créés par le FN (Audace, Racine, Croissance, Nouvelle écologie, etc.) ont un double emploi : agréger des non-adhérents, servir de première attache avec le parti et de club de réflexion pour nourrir le programme présidentiel.
Tout au long de la campagne présidentielle, Marine le Pen s’adressera, de manière souvent contradictoire, afin de ratisser large et sans que cela ne la gêne, aux diverses "parts de marché" électorales possibles pour 2017.

Parmi ces parts de marché, le vote féminin sera une cible privilégiée. Et, comme depuis 2 ans, l’approche du FN envers cette catégorie tournera autour des thèmes de la famille, de l’islam, de l’immigration, de la précarité et de la sécurité.

Et le collectif FN qui s’empare en les liant de ces trois questions est le collectif « Banlieues patriotes ». Ce n’est pas la première fois que le FN cherche à conquérir le vote des « banlieues » : dès les années 80, sur les mêmes thématiques liées de l’immigration, du chômage et de l’insécurité, le parti engrangeait des voix dans quelques villes et quartiers populaires de la région parisienne, du département du Nord ou de la Région PACA.
Et il continue en rajoutant un « nouveau danger » : l’islam.

Dès les premiers articles du site du collectif "Banlieues patriotes", Marine le Pen et le jeune secrétaire départemental de la Seine St Denis , Jordan Bardella, s’adressent aux femmes « de banlieue ».
La « lettre de Marine le Pen aux femmes des banlieues » commence par un état des lieux : précarité et temps partiels multiples, contrainte de codes vestimentaires liés au « fondamentalisme islamiste », éducation.
Elle se termine par l’encouragement des femmes à être « libres et insoumises »et en appelle à l’égalité entre hommes et femmes... engagées auprès de Marine le Pen, bien sûr !

Après ce constat, récurrent actuellement dans le discours du FN, quelques lignes gâchent le tableau : très rapidement, la présidente du FN glisse des « femmes » aux « mères ». Elle n’en fait évidemment pas de même avec les hommes ! Le FN continue de considérer que les femmes sont AVANT TOUT des mères. Chassez le naturel, il revient en boomerang.
Cette lettre, spécifiquement pour les femmes de banlieue, est la seule, dans le matériel frontiste, à souligner qu’elles seraient « nombreuses », en ces contrées, à « élever seules » leurs enfants.
Pourquoi cette référence ? La précarité sociale, le fait de vivre dans certains quartiers de grandes villes, la classe sociale auraient-ils une influence sur la « cellule familiale » , une des obsessions du FN ?

Autre « petite » approximation : l’intégralité des fondamentalismes religieux, de tous temps, ont voulu maîtriser le corps et la liberté des femmes. L’islamisme est un fondamentalisme mais quiconque vit ou travaille « en banlieue » constate AUSSI la prégnance de certaines églises chrétiennes évangéliques, et leur travail quotidien pour réglementer tout autant les droits des femmes. L’église catholique n’est pas en reste et les positions du pape sur l’avortement ou bien la « famille » inondent aussi bien les paroisses de ville ou de campagne.
Ceux-là, on les oublie ? Les fondamentalismes et les intégrismes religieux freinent TOUS l’émancipation des femmes et nient TOUS leur droit à choisir librement leur sexualité.

Dernière « petite » "contradiction : la première interview de la télé bleue marine des « Banlieues patriotes » est celle de M. Camel Benchikh. Ce monsieur, responsable de l’association « Fils de France « (400 adhérents) a l’avantage de prôner une vision frontisto-compatible de l’islam, l’acculturation et la fin de l’immigration.
Mais il a un autre versant, plus gênant : un temps proche d’Alain Soral [1], il est aussi membre de … l’UOIF [2] (organisation que l’on peut qualifier de réactionnaire).
Donc, dans un site où on explique que le fondamentalisme islamique avilit les femmes de banlieue, on invite... un islamiste ! Quelle contradiction !
Dans cette belle interview, au milieu du blabla patriote, raisonne une tirade de M. Benchikh : « la République est laïque mais la France est catholique », reprenant à son compte la totalité du discours d’extrême droite sur les « racines chrétiennes » de la France, et gommant ainsi de nombreux pans de l’histoire. Le problème pour lui, c’est l’immigration (sauf lui, évidemment).
Et ce même monsieur d’expliquer, à mots couverts, son opposition, non seulement au mariage pour les couples homosexuels, mais surtout à l’avortement ! Voilà les exemples du FN pseudo laïque, soit-disant républicain et défenseur des « femmes de banlieue » et de leur liberté, pour les banlieues gangrenées par le fondamentalisme !

Contrairement aux mensonges proférés par Jordan Bardella, dans un autre article, les féministes se battent, depuis des décennies, contre TOUS les fondamentalismes et partout. La différence ? Elles ne font pas de la stratégie électorale ni de plans de communication pour mener des actions, programmer des réunions, discuter avec les femmes, créer des solidarités.
Les associations, syndicats ou partis du collectif « Droits des Femmes contre les extrêmes droites » ont plus fait concrètement au quotidien pour les femmes et feront toujours plus pour les défendre et promouvoir leurs droits que le FN ne le fera jamais.

[1Alain Soral a été membre du Front National et préside maintenant le mouvement "Égalité et Réconciliation" fondé en 2007 avec d’anciens membre du GUD. C’est un idéologue d’extrême droite, antisémite et régulièrement condamné. Il est profondément antiféministe et anti homo. Il est très présent sur Internet

[2L’Union des Organisations Islamiques de France est une fédération d’associations musulmanes, la plus puissante de France., membre du Conseil français du culte musulman. Elle est en lien avec la confrérie des Frères musulmans