L’instrumentalisation de la laïcité contre les droits des femmes

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Depuis la campagne de Jean Marie Le Pen à l’élection présidentielle de 2007 et surtout depuis 2010 et la campagne pour la présidence du Front National, Marine Le Pen s’est érigée en championne de la laïcité. Mais c’est une laïcité dirigée essentiellement contre les musulman-e-s (assimilé-e-s à des étrangers qui « envahissent » ou qui « occupent » le territoire français), une laïcité dévoyée, fabriquée pour défendre une « France éternelle », c’est-à-dire ici catholique. Dans le programme du FN, on lit ainsi :
" Les fidèles envahissent en toute illégalité l’espace public pour prier. Il doit être répété que le christianisme, a été pendant un millénaire et demi la religion de la majorité des Français, sinon de leur quasi totalité, et qu’il est donc normal que les paysages de France et la culture nationale en soient profondément marqués. Les traditions françaises ne peuvent être ainsi bafouées." [1]
Cette « laïcité » qui n’en est pas une fonctionne à deux vitesses. Dans le programme électoral, elle sert à interdire les pratiques religieuses dans l’espace public mais ne concerne de fait que l’islam.. Le christianisme (qui serait du domaine de la culture et non de la religion) ne serait alors pas concerné par les restrictions de cette pseudo-laïcité. Ainsi, le Front National défend la présence des crèches catholiques à Noël dans les mairies (allant à l’encontre de la séparation des églises et de l’État) :
« Les élus du Front National défendent avec fermeté le principe de laïcité, mais ils n’ignorent pas l’histoire. Il est incontestable que, le christianisme est une expression de la culture française. » [2]
D’un côté, Marine Le Pen veut « réaffirmer notre modèle républicain et ses valeurs contre le multiculturalisme » et « l’application de la loi, toute la loi, rien que la loi » [3] [la loi de 1905 qui établit la et de l’État, et donc la neutralité des services publics et notamment de ses agents, et pas celle des usagers ni le cantonnement de toutes les pratiques religieuses à l’espace privé] [4] D’un autre côté le Front National confond neutralité de l’État et neutralité religieuse de l’espace public, assimile musulmans et immigrés et même plus, islam et islamisme [5] et fabrique ainsi au nom de la laïcité un ordre moral dirigé exclusivement contre les pratiques musulmanes visibles, notamment contre les femmes musulmanes qui portent le voile.
Le FN propose ainsi que dans les services publics administratifs,
« à l’instar de ce qui s’applique aujourd’hui pour les agents de ces services publics, toute manifestation communautaire y sera proscrite pour l’ensemble des usagers, notamment le port du voile ou de tout autre signe religieux ostentatoire. Une réflexion sera engagée pour étendre cette disposition aux transports publics. » [6]
Marine Le Pen empêche ainsi surtout des femmes musulmanes d’accéder à ces services publics et va alors clairement à l’encontre de tous les principes de notre République sur la liberté d’exercice des cultes,. Elle propose également de créer « un ministère de l’Intérieur, de l’Immigration et de la Laïcité » et c’est aussi au nom de la laïcité que le programme du parti lepéniste explique que les « subventions publiques aux associations communautaristes seront interdites », comme aux associations féministes, LGBT, de défense des droits des étrangers ou caritatives comme le Secours Catholique.
Si la critique de toutes les religions ( en particulier leur machisme) et le débat autour de leur dimension politique est nécessaire et doit toujours rester possible, nos principes fondateurs de vie en commun et nos lois doivent servir la liberté, en particulier la liberté de toutes les femmes, indépendamment de leurs croyances, et l’égalité, en particulier l’égalité entre les femmes et les hommes. En réinventant ce que serait la laïcité, il est clair que le Front National, bien aidé en cela par des dirigeants de l’UMP [7]. puis de LR, voire du PS, installe l’idée que ce principe serait d’abord un principe d’interdiction, contre la liberté des minorités, des étrangers, et in fine, vu la configuration des religions et les héritages des traditions patriarcales, contre les femmes. En le faisant au nom de la laïcité, Marine Le Pen veut pouvoir bénéficier électoralement de l’étiquette « républicaine et laïque » tout en gardant une idéologie identitaire de stigmatisation et d’exclusion propre aux extrêmes droites.