Le FN et les violences faites aux femmes

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Quand les extrêmes droites dénoncent les violences faites aux femmes, c’est toujours sous l’angle « ethnique », afin d’incriminer les immigrés qui seraient les seuls auteurs de violences. Comme si le sexisme était une survivance archaïque limitée à certains groupes, à certaines religions, comme si les hommes non immigrés n’étaient jamais auteurs eux mêmes de violences. Les extrêmes droites auraient bien du mal à prouver leurs assertions puisque les statistiques ethniques sont interdites ! Ce que l’on sait en revanche, c’est que les violences faites aux femmes sont perpétrées dans tous les milieux sociaux, dans toutes les couches de la population [1]
Ce discours sert à alimenter le racisme viscéral des extrêmes droites et le rejet radical de toute immigration. Au point que des viols sont présentés par certains groupuscules non comme des actes de domination et de violence sexistes, mais comme des « crimes de racisme anti-blanches » ! [2] [3]

C’est dans ce créneau que se situe par exemple Geert Wilders du Parti pour la liberté (PVV) aux Pays-Bas par ailleurs plutôt libéral sur les questions féministes et LGBT (pro-gays et pro-IVG) : sa cible est l’islam, il compare même le Coran à Mein Kampf.

En fait les extrêmes droits ne luttent pas réellement contre les violences faites aux femmes. Elles « oublient » constamment de dire que la majorité des violences sont perpétrées au sein de la famille. Sainte famille qu’elles portent aux nues !

Le 13 janvier 2016, Marine Le Pen s’exprime, après la nuit du Nouvel an à Cologne, dans une tribune publiée sur l’Opinion.fr. Son texte est une diatribe contre l’immigration, immigration qui serait la cause directe des attentats terroristes, ainsi que des « exactions » commises contre les femmes des pays qui les accueillent. « Que la barbarie puisse s’exercer de nouveau à l’encontre des femmes, du fait d’une politique migratoire insensée, me remplit d’effroi. »
Les migrants sont accusés globalement, et Marine Le Pen va jusqu’à parler de « mâles déchaînés ». C’est un discours stigmatisant, directement issu du colonialisme, à base d’amalgames. Et qui laisse complètement de côté les femmes migrantes, ainsi que les hommes non immigrés. D’ailleurs elle parle des « règles essentielles de nos sociétés occidentales », comme si l’Occident, et lui seul, préservait les droits des femmes… Mais elle ne dit rien des violences conjugales, de la culture du viol, du harcèlement !
Marine Le Pen s’en prend à la gauche : « Je suis révoltée aujourd’hui par le silence inadmissible voire l’assentiment tacite de la gauche française devant ces atteintes fondamentales aux droits des femmes » [4] et cite Elisabeth Badinter, ce qui n’est finalement pas surprenant vu que celle-ci se positionne de plus en plus contre l’islam.
Elle instrumentalise ensuite Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». Mais elle tord le propos, puisqu’elle ne parle ici que de la crise migratoire, et non de la crise socioéconomique. « Je pense en revanche très fermement que la France, si elle recouvre sa souveraineté et ses frontières, peut tout à fait juguler cette submersion migratoire et ses diverses conséquences. » Il suffirait donc de fermer les frontières pour garantir les droits des femmes ? !

Les féministes en France ont dénoncé ce qui s’est passé à Cologne en apportant tout leur soutien aux femmes victimes et en réclamant la punition des coupables. Mais elles n’ont pas oublié de souligner, à l’instar des féministes allemandes, que les agressions sexuelles étaient aussi perpétrées à la fête de la bière et dans les chambres à coucher. Et que l’extrême droite récupérait ces exactions pour se battre contre la politique d’accueil des réfugié-e-s d’Angela Merckel. Les violences faites aux femmes étaient là aussi instrumentalisées.

Marine Le Pen n’a pas pour autant l’intention de (re)créer un ministère du Droit des femmes : « On n’est pas une espèce à protéger ! Nous ne sommes pas des pauvres choses ! » [5] dit elle à Sciences Po, le 5 avril 2012.