La nouvelle rhétorique d’ « écologie humaine »

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Depuis deux encycliques des deux derniers papes en 2009 et 2015, le Vatican s’est mis à sa façon au respect de la planète. Pour cela, son écologie étend une forme de principe de précaution à la vie humaine : « Puisque tout est lié, la défense de la nature n’est pas compatible non plus avec la justification de l’avortement. Un chemin éducatif pour accueillir les personnes faibles de notre entourage, qui parfois dérangent et sont inopportunes, ne semble pas praticable si l’on ne protège pas l’embryon humain, même si sa venue cause de la gêne et des difficultés. »1. Et peu importe si la vision traditionnelle de la famille fait que cet effort est largement supporté par les femmes. On voit donc « recyclé » un ensemble de luttes classiques des traditionnalistes : l’avortement, la contraception, la PMA, la recherche sur les embryons.
Les extrêmes droites réutilisent cette nouvelle logique, alors renommée « écologie intégrale », pour s’opposer à tous les libéralismes en les amalgamant. La ligne éditoriale de la revue Limite d’Eugénie Bastié (journaliste à Causeur puis au Figaro, et autrice du livre antiféministe « Adieu Mademoiselle ») et de Gaultier Bès (initiateur du mouvement Les Veilleurs issu des « manifs pour tous ») se dit « anarchiste écolo de droite » pour lutter contre le libéralisme économique, « bioconservatrice » pour lutter contre le libéralisme culturel et politique, en premier lieu celui du féminisme. Le mouvement féminin Les Antigones reprend également cette ligne politique.
Plus extrémiste encore, les tenants d’une « écologie organique » ou « écologie identitaire » vont y adjoindre la notion classique à l’extrême droite d’ « enracinement », pour expliquer que préserver les paysages (et donc selon eux l’identité de la nation ou de la civilisation européenne) passe par rejeter les personnes qui ne seraient pas « de souche », à commencer par les musulman-e-s et les personnes issues de l’immigration.
Il y a donc sur ce sujet une grande continuité entre les propositions de l’église catholique et ce que peuvent penser certaines nouvelles extrêmes droites. Malgré la nouveauté, elles aboutissent aux mêmes conclusions habituelles : rejet de l’Autre et de ses libertés, repli sur une identité exclusive. Comme on le voit, ceci est particulièrement néfaste pour les droits des femmes.