Les extrêmes droites, toujours LGBTphobes

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Il n’est pas inutile de rappeler le vieux fond homophobe et lesbophobe de l’extrême-droite française, comme dans cette citation de Bernard Anthony ( vieux militant catholique traditionaliste, membre de l’ Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité Française et Chrétienne « AGRIF », directeur de la revue « Reconquête », ex - FN) qui écrit sur son blog à l’occasion des « Manifs pour tous » de 2013 : « Nous défilerons sans haine ni mépris pour les personnes d’affectivité homosexuelle non ostentatoire et conquérante mais sans complaisance pour les exhibitionnistes des « gay-pride » en mal de laideurs obscènes sophistiquées car, avec toute la culture juive et chrétienne, nous savons que Sodome et Gomorrhe ne sont pas des modèles de société durables. » [1]

C’est le cas aussi de Jean-Marie Le Pen qui, en mars 2016, à l’occasion de l’affaire d’agressions sexuelles sur enfant perpétrées par des prêtres et mettant en cause le cardinal Barbarin pour son silence, n’hésite pas à établir un lien entre pédophilie et homosexualité : « L’abaissement des règles morales est une constante d’une société décadente, et je crois que la pédophilie, qui a trouvé ses lettres de noblesse... interdites, mais tout de même, dans l’exaltation de l’homosexualité, met en cause toutes les professions qui approchent l’enfance et la jeunesse » [2] Et, après avoir ajouté : « Il est certes extrêmement condamnable que ce soient des prêtres qui se sont laissés aller à de tels errements, mais ils sont des hommes aussi, des êtres humains capables de toutes les fautes », il insiste sur les 27 radiations de l’Éducation nationale liées à des cas de pédophilie ou de pédopornographie qui ont eu lieu en 2015.

Néanmoins, le parti FN semble s’être notablement modernisé sur la question : plusieurs cadres de premier plan du parti, plusieurs candidats [3] à différentes élections sont, plus ou moins ouvertement, homosexuels (mais ils sont hommes, et blancs !). Le FN serait-il progressiste sur les thématiques LGBT ?

Les « anciens » ne sont pas les seuls à tenir des propos homophobes : on pourra par exemple se référer à la Horde (site anti fasciste) qui a publié en 2014 un florilège de déclarations homophobes de candidat-es et responsables FN [4]

En 2013, au moment de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, Marine Le Pen s’est bien gardée de participer aux manifestations anti-mariage, contrairement à sa nièce et à Bruno Gollnisch, son ex concurrent à la présidence du parti. Elle donne même parfois d’elle-même une image « gay friendly ». Déjà en décembre 2010 à Lyon, elle avait surpris les participant-es à un meeting en déclarant : « J’entends de plus en plus de témoignages sur le fait que dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc » [5] En prenant la défense de groupes que son parti stigmatisait habituellement, elle cible en fait les musulmans.
La stratégie du FN a donc été assez habile par rapport à la « Manif pour tous » : à géométrie variable, ses divers-es représentant-es donnant satisfaction à la frange qu’ils/elles représentent.

Mais revenons au programme du FN (2012) : « La famille doit se fonder exclusivement sur l’union d’un homme et d’une femme et accueillir des enfants nés d’un père et d’une mère ». Est inscrite noir sur blanc son opposition « à toute demande de création d’un mariage homosexuel et/ou d’une adoption par des couples homosexuels » [6]

Le 13 juin 2011, en conférence de presse à Nanterre, Marine Le Pen argumente : Parmi « les règles de notre société, le mariage s’effectue entre un homme et une femme. Je ne pense pas qu’il soit positif de changer cette règle, parce que si on part de ce principe, on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation. Pourquoi pas l’autorisation de la polygamie ? » [7]

Mais le 17 mars 2016, quand sa nièce reprend cet amalgame et dit à Milan craindre que la reconnaissance du « mariage homosexuel » ouvre la voie à celle de la polygamie, Marine Le Pen prend ses distances : « on est très, très loin » en France « de la reconnaissance » de celle-ci [8]

A Bollène, la maire Marie-Claude Bompard (Ligue du sud) a refusé au nom de sa « conscience » de célébrer le mariage de deux femmes, tout en refusant de déléguer son pouvoir. Elle a invoqué ses opinions religieuses... Vous avez dit « laïcité » ? C’est finalement une adjointe qui a uni les deux femmes [9]

Selon VISA [10], le programme du FN pour 2017 promet l’abrogation du mariage pour tous, appelé « mariage homosexuel », et également l’amélioration du PACS, ce qui va à l’encontre de l’égalité des droits !

Le 2 juillet 2016, la section FN de Sciences Po Paris tweete son soutien à la Marche des fiertés LGBT : « Plus que jamais nécessaire après l’attentat homophobe d’Orlando, nous souhaitons une bonne Marche des fiertés à tous ». Très rapidement, les réactions pleuvent : « Hors de question de soutenir la marche des fiertés, et tout événement faisant le jeu du communautarisme ! » pour Gaëtan Dussausaye, patron du FNJ, ou pour Éric Domard, conseiller spécial de la Présidente : « le droit des homosexuels à vivre en sécurité ne doit pas être dévoyé par des revendications communautaristes portées par le lobby LGBT. »
Et le parti dément : « le FN ne soutient pas la marche des fiertés, symbole exhibitionniste d’un communautarisme militant et anti FN » [11] précise Louis Aliot, vice-président et époux de Marine Le Pen.

En bref, sur cette question là aussi, comme l’écrivent les Inrocks : « Le FN se montre à la fois hostile et bienveillant vis-à-vis de la question gay. Une double face à l’image de l’évolution du parti d’extrême-droite. » [12]