FN et parité

, popularité : 8%

Le 1er mai 2016, lors du « banquet patriote » organisé par Marine Le Pen, Sophie Montel, élue à la Région Bourgogne-Franche Comté, a répété que son parti était le défenseur du féminisme alors que « le machisme, le traditionalisme, le conservatisme se trouvent chez [leurs] adversaires ».
Et Sophie Montel de citer Olympe de Gouge : « La femme naît libre et demeure à l’homme égale en droits ». « Oui, c’est le Front National qui défend la femme et ses droits en France quand le rafiot UMPS dérive vers leur remise en cause ! » [1] a-t-elle encore dit.

JPEG - 54.5 ko

Intéressons-nous spécialement ici à la place que ce parti fait aux femmes.
Certes, le FN présente aujourd’hui deux « leaders » qui sont des femmes… mais qui sont avant tout les héritières du clan Le Pen. Marine Le Pen pense de la parité qu’elle est « contraire à la méritocratie républicaine » ! [2] Les femmes mériteraient donc leur sous-représentation, notamment en politique ? Position assez ironique de la part de quelqu’une qui doit sa place au fait d’être « fille de »...

« Je pense que notre République et nos valeurs sont claires : on accède à tel ou tel poste par son mérite et pas en raison de ses spécificités (origine, couleur de peau, sexe). En tant que responsable de parti politique, j’en suis à obliger un certain nombre de femmes à être candidates car le monde politique est moins attrayant pour elles. » [3]

Des 14 mairies gérées par l’extrême-droite après les élections municipales de 2014, une seule est tenue par une femme, Marie-Claude Bompard, qui n’est pas au FN mais à la Ligue du sud...
Après les européennes, deux femmes élues FN vont être débarquées, au profit d’un homme. « Cela avait été décidé avant les élections, mais je ne pensais pas qu’ils le mettraient en pratique », a déclaré Joëlle Bergeron, deuxième sur la liste du Front national dans l’Ouest. Mme Bergeron serait obligée de céder son siège à l’homme qui lui succède sur la liste. Il faut dire que Mme Bergeron a affirmé pendant la campagne être favorable au vote des étranger-es... Elle quittera le FN.
Jeanne Pothain, deuxième sur la liste dans le Centre, a également laissé sa place d’eurodéputée à un homme. Épouse du conseiller régional FN, Philippe Le Coq, elle est de santé fragile et n’a pas participé à la campagne, bien qu’en position éligible. « Du fait de problèmes personnels, elle devrait renoncer à son mandat », expliquait-on au Front national au lendemain des élections. Dans ce deuxième cas, il semble donc qu’on a bien affaire à un contournement de la parité ! [4]

Aux régionales, en décembre 2015, Nathalie Betegnies, numéro deux sur la liste en Île-de-France, démissionne elle aussi après son élection au profit du numéro trois, le « sulfureux » Axel Loustau, trésorier du micro-parti de Marine Le Pen, mis en examen dans l’affaire du financement du FN. Là aussi, le FN évoque « de graves problèmes personnels », Wallerand de Saint Just jurant que ce n’était pas prévu, et qu’il s’agit de « raisons objectives, et non politiques » [5]

A l’intérieur du parti [6] : Parmi les huit membres du bureau exécutif, l’organe décisionnel du parti, on ne trouve que deux femmes, dont Marine Le Pen. Sur les 42 membres du Bureau politique, seules 13 sont des femmes, dont la présidente du FN et sa nièce. Parmi les 121 frontistes du Comité Central, le parlement du parti, on trouve 42 femmes. Seulement quatre femmes (dont Marine Le Pen) siègent à la commission d’investiture qui compte 15 membres. Dans les 101 fédérations frontistes, le déséquilibre est plus flagrant encore : seules 16 sont gérées par une femme [7]

Selon Marine Le Pen, « diversité » et « parité » feraient partie de « cette idéologie différentialiste et multiculturelle, qui n’est qu’une forme de racisme inversé ». « Les premières victimes en sont les hommes blancs hétérosexuels », écrit le FN dans son programme [8]

Étrange conception du féminisme, et de la lutte contre les discriminations en général, que d’adopter le point de vue des dominants.